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Test de Steel Rats

Kao the kangaroo, Astérix et Obélix XXL 2 mission ouifix, Lanfeust of Troy, Titeuf le film, My horse and me 2… C'est peu de dire que le curriculum vitae de Tate Multimedia ne nous aura pas spécialement emballé lors de l'annonce de Steel Rats.

Si les développeurs polonais étaient quelque peu sortis du bois avec Urban Trials, certe perfectible, il aura fallu attendre le premier trailer du jeu pour ressentir l'excitation liée au plaisir de la découverte.

Doté d'un certain charisme visuel, la dernière création du studio mérite-t-elle notre attention en pleine tempête «Rockstar-ienne » ?

 

Let's Rats !

Définir le soft tel un simple « jeu de moto » serait une offense. Largement inspiré de Ghost Rider (même si nous y voyons un peu de Mad Max), Steel Rats selon Rafal Sadowski, son lead-designer, est avant tout un jeu d'arcade pur et dur.

Le jeu est pensé en 2,5 D où l'on contrôle un des quatre protagonistes (interchangeables à tout moment) chevauchant sa moto .La structure est basique : un début et une fin de niveau, une exploration libre entre les deux où vos réflexes seront mis à l'épreuve pour survivre aux combats contre les mobs/boss et aux phases de plateforme exigeantes.

Steel Rats est en cela un descendant de l'école du skill, ni plus ni moins. Mais avant d'aborder la profondeur de son gameplay, attelons-nous à ce qui nous arrache la rétine dès le premier contact.

Dopée à l'Unreal Engine 4, Steel Rats nous offre une direction artistique  renversante pour peu que l'on soit réceptif au Diesel-Punk. Indéniablement le titre est beau, sans toutefois nous décrocher la mâchoire, et reste  globalement fluide en dépit de quelques ralentissements irréguliers.

En plus d'un cachet unique nous présentant un univers rétro-futuriste mêlant les 50's à l'anticipation dystopique, Steel Rats se permet de contextualiser les pérégrinations de ses héros. Rien de bien transcendant toutefois mais les références appuyées à la fascinante Détroit font mouche.

En revanche, le titre pêche dans la qualité de son écriture. En effet, même si les quatre protagonistes ont un chara-design prononcé dont l'appréciation dépendra des sensibilités de chacun, ils s'avèrent bien fades et lisses. Aucune punchline mémorable, des dialogues qui sonnent creux, un enjeu réel mais médiocre, Steel Rats fait certes un effort mais rate le virage de son scénario.

Après tout, ce n'est pas ce qu'on lui demande, mais quand on se pare d'une esthétique racée, une écriture addictive permet de s'expédier directement vers les sommets vidéo-ludiques. Dommage…

Visuellement, il est également à souligner que le « junkbost-design », les ennemis mécaniques du soft, est au mieux banal, au pire affreux. Or cela fait tâche lorsque le métal constitue le thème principal de l’œuvre.

Par contre, Steel Rats se veut inattaquable pour son OST. Parfaitement distillée, en adéquation totale avec l'univers présenté, la musique du jeu est sublimée par un environnement sonore des plus efficaces malgré un doublage parfois un peu douteux.

Sublime.


En route !


Men of Steels


Steel Rats, comme évoqué précédemment, est un jeu d'arcade mêlant aventure, action et plateforme.  Le soft se déroule sur 2 plans et une simple pression du stick gauche permet de passer de l'un à l'autre.
Peu ergonomique au premier abord, le gameplay se laisse apprivoiser pour être de plus en plus maîtrisé, et ce jusqu'à en appliquer les lois du scoring qui dépendra de vos exploits et même de certaines figures réalisables avec votre moto. Pas obligatoires pour finir le niveau mais indispensables pour le gamer aimant avoir son pseudo en haut de l'affiche. Chaque figure de style dispose même d'un nom, ce qui nous rappellera les meilleures années de la série Tony Hawk, qui ride cependant dans une autre catégorie.

Un complément appréciable aux objectifs du jeu, certes répétitifs, et qui consistent à vaincre tous les poncifs de la plateforme et à se défaire des robots par divers moyens, à distance ou au càc.  Roue avant assassine, percée, contre de projectiles, flingues, lasers… Tout est bon pour réduire l'ennemi en pièces détachées. Une variété augmentée par les capacités uniques de chaque personnage variant de la puissance de James aux flammes de Lisa, en passant par le crochet de Randy et la vitesse de Toshi, leader du gang à défaut d'en être le chef.

Ces mêmes compétences seront trouvables et améliorables entre chaque stage du jeu via le métal à ramasser , la monnaie de cet univers. A noter que chaque motard et sa machine sont customisables. Une affaire de style on vous dit !

Tout est donc une question de gestion de l'espace et de l'environnement en gardant un œil attentif à sa barre de vie, évidemment, mais également à sa barre de stamina qui se consume à chaque attaque spéciale avant de remonter  doucement. 

Un tableau idyllique sur le papier mais dans les faits Steel Rats, par son gameplay, se tire une première balle dans le pneu : le titre demande au joueur une dextérité  millimétrée alors que la précision du soft est parfois bancale. Bugs de collision, physique étrange, inertie, menaces venues du hors-champ, problèmes de lisibilité globale auxquels s'ajoute le principal trauma de Steel Rats : la perspective.
 


Un "steel" graphique vraiment réussi

 

Rats Attack

Si se doter d'une 2,5 D est une bonne idée , la maîtriser en est une autre. Manquer un saut parce qu'il est difficile de cerner si la plateforme se situe au premier ou au second axe, ce n'est pas acceptable en 2018.  Surtout dans les cas d'urgence où le jeu nous impose la fuite.

En cela, Steel Rats s’empêche de côtoyer les plus grands en transformant le stress en frustration. Alors oui, le jeu n'est pas insurmontable et la difficulté croissante. Les motos répondent bien, excepté lors des sauts où la physique peut se montrer incompréhensible en raison de réceptions parfois ridicules. A croire qu'à vouloir faire dans la verticalité et la profondeur de la 2,5 D,  les petits gars de Tate Multimedia en ont oublié le charme de la 2D… et de la moto.

Il est tout de même étrange que diriger une bécane ne nous livre pas cette sensation de vitesse et de laisser-aller. Car se dépêcher c'est prendre le risque de manquer certains bonus cachés ou, pire, de se crasher en raison d'un ennemi ou d'un trou apparus tardivement, scrolling peu précis oblige.

Clairement abordable, pas trop punitif dans sa politique de game-over, Steel Rats le devient par la nécessité de recommencer certaines phases. Encore et encore. Non pas que vous ne comprendrez pas ce qu'il faut faire mais les mécaniques hasardeuses ne permettent pas d'apprécier ces scènes qui en deviennent frustrantes. Et même si le soft s'offre quelques situations différentes, des chemins alternatifs et une bonne rejouabilité afin d'aborder les niveaux avec de nouvelles compétences, cela ne fait que mettre en exergue les défauts inhérents à la production.

Chaque bonne idée (comme le placement d'une pompe à essence restaurant la santé avant chaque moment ardu) est contrebalancée par une erreur grotesque (un placement de checkpoint où l'on se prend un coup dès la réapparition, vraiment???).

Partant de ce constat, comment donner envie de retourner explorer les 5 zones du jeu, alors qu'un seul run de 6 heures suffit ?

Il reste appréciable que Steel Rats évite certains écueils comme le repop de certains ennemis mais il en oublie que se sentir puissant en quelques occasions est salvateur dans un jeu typé « arcade ».

Et que chevaucher une moto, c'est se sentir vivant.