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The Last of Us : Part 2
Editeur : Sony
Développeur : Naughty Dog
Genre : Action | Aventure
Etat du jeu : Jeu disponible
Date de sortie : 19 juin 2020
Trophées : Oui
Prix de lancement : 59,99 €
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Interview : [Partie 1] Interview de Audrey Sourdive, la voix française de Abby (The Last of Us 2)
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Posté le vendredi 06 novembre 2020 à 21h14 par NoBloodyKnows

De la VF, un peu de spoil et une grande dame sont à découvrir dans cette interview prévue en trois parties.

Interview de  Audrey Sourdive, la voix française de Abby (The Last of Us 2)

 

 

Vous le savez : faire une interview ou le compte-rendu d’un event, c’est tout un art ! De plus, vous connaissez le leitmotiv du NBK : oui il y aura un contretemps, une maladresse, quelque chose qui coince. Mais le résultat sera à la hauteur ! Et pour le cas de Audrey Sourdive, la règle fut respectée à la lettre.

 

Il faut le reconnaître, nous avons un peu la pression. Audrey, ce n’est en effet pas n’importe qui. Loin de là ! Une carrière tentaculaire et impressionnante, que ce soit au théâtre ou en tant que comédienne de doublage qui assure les versions françaises des oeuvres. Et ce dans de multiples domaines. Séries, anim’, cinéma…et notre sujet du jour, le jeu vidéo.

 

Plusieurs rôles importants dont celui de Kassandra pour Assassin’s Creed Odyssey et l’objet de notre questionnement : Abby de The Last Of Us 2. Personnage ô combien complexe ayant engendré une cascade de passions, dont les plus basses. Celles qui ont terni la communauté attachée au loisir vidéoludique. Heureusement, les choses furent mises au point. Sans entrer dans le détail. 

En ce sens, sachez également que cet échange sera empreint de spoilers en tout genre ; de fait, fuyez ce récit pour vous adonner au plaisir de la partie II de The Last Of Us si ce n’est pas déjà fait, que diable ! Et pour mieux saisir les enjeux, la VF sera évidemment la norme.

Pourquoi vous raconter tout cela ? Car lorsque nous avons écouté le Podcast de Level Max avec Audrey en guest (à découvrir ou redécouvrir ici  en bas de la page), il y avait de quoi être favorablement surpris. Or, quand l’imminent membre du crew Terry nous proposa de nous mettre en contact afin de réaliser cette présente entrevue, la hype n’en fut que renforcée. Alors votre duo de serviteurs s’est appliqué pour mesurer l’impact du doublage lors d’une “expérience”.

 

Une perte de notes plus tard (heureusement retrouvées in extremis !), quelques problèmes techniques et nous voilà partis pour une longue aventure, dont nous vous présentons la première face. En route, fidèles et coquins lecteurs !

Audrey Sourdive
Audrey Sourdive

 

“Fonce ! Tu es faite pour ça.”

 

No Bloody Knows : Bonjour Audrey !

Audrey Sourdive : Bonjour à vous deux !

NBK : Première question, qui est finalement toute simple : nous sommes allés voir sur ton site et avons suivi ton parcours. Nous avons constaté que tu avais une formation théâtrale. Du coup, comment es-tu tombée dans l’univers du doublage ?

A.S : Alors j’y suis tombée à la fois par hasard… et non pas par hasard ! Cela m’a toujours intriguée, comme j’en avais parlé avec l’équipe de Level Max quand nous avons fait le podcast. Cela a toujours été pour moi un milieu passionnant et quand j’étais gamine, je refaisais toutes les voix des méchantes de Disney. En faisant du théâtre, pendant longtemps on m’a dit “tu bouges beaucoup ta voix en fonction des personnages, en fonction des compositions donc ce serait intéressant que tu fasses du doublage.”. Ainsi, il y a de nombreuses années, j’avais fait une demande pour un stage…qui m’avait été refusé car à l’époque, les comédiens de théâtre n’étaient pas “privilégiés” pour ce type de stage !

Ce sont les comédiens de cinéma qui étaient majoritairement choisis. Ce qui était un peu aberrant mais cela a fonctionné comme ça pendant quelques années…

NBK : Oui c’est assez surprenant dans l’idée !

A.S : Oui c’est un peu bizarre en fait. Mais moi j’ai beaucoup bossé au théâtre jusqu’à une période de ma vie où... je ne pouvais plus travailler ! La compagnie avec laquelle je collaborais pour “Macbeth” (du grand William Shakespeare, NDLR) et où je faisais une des sorcières a décidé d’arrêter le spectacle en cours de programmation. A ce moment-là, je me suis vraiment posée des questions en me disant “j’ai 30 ans, il faut que je continue de bosser. Là qu’est-ce que je fais ?”. Et je me suis dit “il faut que je demande à nouveau pour faire ce stage de doublage, il faut que je vois si c’est quelque chose qui me correspond ou pas.”.

Donc j’ai voulu faire un stage avant d’assister à un enregistrement, ce qui était possible à l’époque même si c’est assez long, pour savoir si j’étais capable de le faire. Et si le doublage m’aimait autant que moi je l'aimais ! J’ai donc fait ce fameux stage et à la fin de celui-ci on m’a dit “fonce ! Tu es faite pour ça.”.

Les intervenants m’ont dit d’y aller donc je suis sortie de stage et je suis allée assister pendant des mois à des enregistrements puis je me suis mise à bosser. C’était tout de suite une évidence !

Très vite, j’ai compris que c’est quelque chose qui me plaît énormément et je m’amuse à chaque fois que j’y suis. 

 

“C’est d’abord rendre hommage à la comédienne d’origine”

 

NBK : Et même si c’est plus personnel mais… tu éprouves autant de satisfaction au micro que sur les planches ?

A.S : Alors ce n’est pas du tout la même sensation. En ce moment je suis en train de faire une tournée pour “Le Dindon” (une pièce de Feydeau, NDLR), j’adore ! Parce que tu dois bouger, les gens rient, il y a un vrai échange avec le public, j’ai des partenaires… il y a un investissement corporel, je passe d’un personnage à l’autre, j’incarne et je crée le personnage.

Donc c’est totalement différent et le rapport avec le public n’est pas du tout le même, forcément ! 

Le doublage, c’est un autre exercice. C’est comme si on comparait le chant et le cinéma ! Ce n’est pas la même chose. Oui, il y a un jeu d’acteur qui est essentiel pour les 2 mais pour le doublage, pour moi ce n’est pas de la création (terme qui n’est pas, dans le contexte bien sûr, employé de manière péjorative, NDLR). 

C’est d’abord rendre hommage à la comédienne d’origine et se rapprocher au maximum de ce qu’elle a fait. Mis à part quelques fois dans les dessins animés ou le jeu vidéo où on demande de s’éloigner, à 99% du temps, on te demande d’être au plus proche de l’original. Donc c’est se mettre au service du personnage qui a déjà été créé. Ce n’est pas la même chose ! L’investissement corporel n’est pas du tout le même derrière un micro !

On a quelque chose qui nous limite car tout doit passer par la voix. Et enfin nous n’interagissons pas avec les partenaires de la même manière. Surtout depuis la Covid, nous n’avons plus trop la possibilité d’être plusieurs à la barre, ça limite un peu les interactions et le côté qui consiste à vraiment jouer des scènes à plusieurs. 

Et évidemment, ce que je vous disais, le rapport au public : on est seul en fait, seul avec soi-même. Mais l’avantage énorme avec le doublage pour moi, c’est que l’on nous propose des rôles qui sont hyper variés. On me propose aussi beaucoup de psychopathes ou de fous ! (Rires).

Des choses que je ne dégage pas obligatoirement et pendant très longtemps j’ai fait des jeunes premières au théâtre. Ces derniers temps on m’a donné des rôles plus audacieux. Mais vraiment en doublage très rapidement on m’a attribué une multitude de rôles d’une variété qui m’éclate. C’est ça qui est génial car à chaque fois que j’arrive en plateau j’ai des choses hyper différentes.

Ce n’est pas du tout le même ressenti entre le doublage et le théâtre mais moi en faisant les deux...ben honnêtement, je suis comblée. Si je n’avais plus le théâtre évidemment qu’il me manquerait quelque chose mais je n’aurai plus de doublage... il me manquerait quelque chose aussi.

Vraiment. 

Audrey Sourdive
Audrey Sourdive

 

“99% du temps dans le jeu vidéo, tu n’as aucune image”

 

NBK :  Oui donc tu places les deux , même si ce sont deux choses différentes, sur le même niveau ?

A.S. : Ce sont deux choses complémentaires. On a la même nécessité d’être comédien à la base mais ce n’est pas les mêmes plaisirs, ce ne sont pas les mêmes techniques. En tout cas, pour moi, ce sont deux sensations différentes mais très fortes.

NBK: D’accord, et en plus tu nous devances pour chaque question ! C’est “Retour vers le Futur” ! Tu parlais de connivence avec l’actrice en VO. Donc pour le personnage d’Abby ça a été le cas ?

A.S : Vous prononcez à l’anglaise, ça veut dire vous avez joué à ce jeu en anglais? 

NBK: Même pas! (Rires) Alors on peut te donner la petite confidence du coup, on peut tout te dire ! Ce jeu, on t’avait expliqué par téléphone, nous avions refusé très longtemps de le faire, le 1er se suffisant largement. Sauf que quand nous avons discuté avec Terry de Level Max sur le fait de faire une interview avec toi, nous nous sommes regardés bêtement en se disant que ça serait bien quand même que l’on fasse TLOU2 (et on a tout de même mis 2 jours pour aboutir à cette conclusion !). Donc on l’a fait et chose assez rare, nous l’avons fait en français.

A.S. : D’accord. Ah ben c’est mieux quand même pour l'interview ! (Rires)

NBK : Donc tu vois parfois nous sommes perspicaces, ce n’est pas souvent mais parfois!

A.S.: Donc j’étais un peu étonnée du Abby (prononcé à l’anglaise), c’est Abby (prononcé à la française) pour moi. 

NBK : Cela vient surtout de...tu sais quand il y a eu la polémique de TLOU2? Justement tu entendais Abby (à l’anglaise) partout, du coup ça nous est resté.

A.S. : Je comprends , je vous taquinais en fait !

NBK : Et tu as bien raison ! Il le faut ! (Rires). Du coup l’actrice originale, si on ne dit pas de bêtises est Laura Bailey. Comment fonctionne le process ? Tu es dirigée ? Tu as accès au premier doublage ? Tu as un accès au scénario ? Comment ça marche ? 

A.S. : Alors, pour les jeux vidéos, de toute façon il faut savoir que l’on a accès à rien avant de venir enregistrer. Jamais. On arrive en studio, on a souvent 2 écrans. Un écran supérieur dans lequel on voit des formes d’ondes avec le fichier son qui est souvent phrase par phrase. Parfois même, quand il y a des grandes tirades, tout est découpé en bouts de phrases ou en réactions. Donc chaque fichier son est affiché en haut de l’écran et en bas sur un deuxième écran en dessous tu as le texte. Dans ton casque tu entends la phrase en anglais et juste après tu dois la faire en français souvent en respectant le timing du fichier son. Tu dois être synchro, tu ne dois pas déborder au niveau du temps. 

99% du temps dans le jeu vidéo, tu n’as aucune image : tu as juste le son et quelques fois tu n’as pas le contexte. Tu le comprends d’après le texte et parfois tu as un adaptateur qui est présent. C’était le cas sur Assassin’s Creed : tu avais l’adaptateur qui était là tous les jours qui pouvait aiguiller en disant “ Attention là il y a plus d’ironie, on ne l'entend pas bien en anglais mais en fait il se passe ci, il se passe cela.”. Ce qui permettait de comprendre exactement la scène. Et parfois... tu n’as pas du tout ça. 

 

Ensuite il y a une nouvelle tendance qui arrive, enfin j’espère, grâce à TLOU2 notamment ! Cela s’appelle, tout simplement, des cinématiques ! Dans le doublage du jeu vidéo, les cinématiques normalement on n’en a quasiment pas. Sur Assassin’s Creeds Odyssey, j’ai du en avoir 4-5 sur les centaines d’heures de jeu. Avec la bande rythmo qui défile. J’en ai eu pour pas mal de scènes dans TLOU2 et ça amène quelque chose de génial parce que… tout d’un coup on voit ce qu’il se passe. On voit ce personnage en face et loin/pas loin. On voit la situation. On voit l’état émotionnel même si quelques fois les dessins n’étaient pas finalisés et si parfois c’était de la motion capture. 

 

En tout cas on comprenait vraiment le jeu originel soit de la comédienne soit du personnage animé. Donc j’ai eu accès à ça avec TLOU2 mais c’est quasiment un des seuls jeux où j’ai eu des cinématiques. Et je trouve que ça se ressent aussi parce qu’il y a quelque chose qui pour moi n’a jamais été faux. Quand j’ai joué au jeu, pour moi en tant que gameuse, je me suis projetée tout du long. Il n’y avait pas d’erreur : comme celle où par exemple le personnage en fait est super proche alors qu’on lui gueule dessus comme s’il était à l’autre bout de la pièce ! Vous voyez ce genre de choses qu’on peut avoir dans le jeu vidéo souvent. Ben là tu n’en avais pas, tu n’avais pas d’erreurs comme cela. 

 

 “Le boulot était vraiment hyper précis.”

 

Puis 99% du temps, on va dire tout le temps, tu as un ingé son qui est là pour faire la prise de son. Tu as également un directeur artistique qui est là pour te dire “ attention, mets moi un peu plus d'émotion à ce moment-là”, “ là je veux que tu sois plus en colère”, “on n’entend pas bien ce mot là”. Ils travaillent à deux. Et là sur TLOU2 j’ai travaillé avec Jean-Philippe Brière qui m’a hyper bien dirigée et qui connaissait le jeu. Il savait de quoi il parlait ! Le boulot était vraiment hyper précis. Je sais que par exemple, il y a des joueurs sur Facebook qui m’ont contactée et qui m’ont demandé combien de fois j’avais dit “merde” ou “putain” ou encore “fait chier” et c’est vrai qu’il en avait des centaines qui s’enchainaient parfois ! 

 

Il fallait que je les fasse différemment et de la façon la plus naturelle, la plus sincère possible et cela c’est grâce à la collaboration qu’il y a eu avec Jean- Philippe Brière qui a été un super super super directeur d’acteur.

 

NBK: Et c’est là que tu nous devances une seconde fois parce que justement pour montrer que nous avions un peu suivi, nous allions te parler de Jean-Philippe Brière pour la direction artistique mais tu l’as fait brillamment et bien mieux que nous ! Du coup la petite question que l’on se pose : ce n’est pas trop dur de jouer à un jeu sur lequel on a travaillé pour le doublage ?

A.S.: Alors au début pour moi ça l’était quand j’ai débuté dans le doublage car j’étais très critique envers moi-même. Quand je regardais un film ou une série et que je m’entendais, j’avais tendance à être très critique. Mais peut-être parce que j’ai fait mes armes et que justement maintenant je peux reconnaître quand je fais des choses bien aussi, il y a quand même un truc très égocentrique et très rigolo. Vraiment, c’est fun de s’entendre ! Je sais que Kassandra, quand je l’ai jouée pendant des centaines d’heures, je suis passée par tous les états. J’étais vraiment morte de rire quand j'engueulais mon cheval ! Même mon mec, quand il était dans la cuisine, avait l’impression que je lui parlais alors que non, c'était le personnage dans la télé ! Franchement c’est fun !

 

Après, TLOU2 a été pour moi une révélation quand j’y ai joué. Parce que quand je l’ai enregistré, je ne l’ai pas enregistré dans l’ordre du tout. Comme je vous disais je n’avais pas toujours obligatoirement le contexte. Je n’ai pas eu des cinématiques tout du long. J’en ai eu quelques-unes, plus que d’habitude mais je n’en ai pas eu sur tout le jeu donc il y a plein de choses que je ne savais pas. J’ai donc eu des surprises en tant que joueuse et quand je savais que certains éléments allaient se produire, je le pressentais. Je me souvenais quand même de certaines scènes que j’avais dû jouer qui étaient intenses. C’était émotionnellement hyper perturbant, notamment sur la fin du jeu. La grande scène avec le bateau dans l’eau, la grande scène de baston qui est absolument terrible, m’entendre pleurer, souffrir ça a été quelque chose de compliqué. J’étais déjà très émue par la situation que j’ai trouvée au niveau de l’ascenseur émotionnel, du choc émotionnel que ça crée. Cela aurait été la même si je n’avais pas doublé la scène ! Mais le fait que ce soit moi, j’avais une sorte d’étrange empathie avec moi-même de m’entendre en souffrance à ce point-là. 

 

Donc, non, moi je trouve ça hyper intéressant mais c’est peut être parce je suis très égocentrique mais je vous jure que moi ça m’éclate ! (Rires) J’adore m’entendre, je peux voir si ça correspond ou pas au perso et si j’ai réussi ou pas. En gros moi je trouve ça super chouette ! Sauf quand je ne suis pas bonne, évidemment ! Quand il y a un truc que je n’aime pas dans ma façon de jouer, ben je fais “ Mais non ! T’es nulle ! T’aurais pas dû jouer le truc comme ça !” (Rires).

Audrey Sourdive
Audrey Sourdive

 

 “J’ai autant aimé que détesté le personnage d’Abby.”

 

NBK: Pour TLOU2 on ne peut pas dire : ta performance, et ce n’est vraiment pas pour te faire plaisir, est stratosphérique!

A.S. : Ecoutez c’est très gentil ça me touche beaucoup! Et vraiment en tant que joueuse c’est vraiment une des meilleures VF. J’ai vraiment adoré.

NBK: Complètement et tu vois : même le doubleur VO de Joel, et pourtant on adore Troy Baker, nous nous en sommes passés et avec brio !

D’ailleurs est-ce que pour toi ça n’a pas été trop difficile par identification de te retrouver dans le personnage qui tue Joel?

A.S. : Ah ben évidemment ! J’avais bien compris quand j’ai commencé à enregistrer qu’il y avait un loup à ce niveau-là mais moi j’ai adoré ça en fait dans le jeu. J’ai trouvé ça génial de commencer à te faire jouer avec Ellie que tu as tant aimée dans le premier épisode. On t’a fait tellement aimer ces deux personnages avec leurs contradictions, avec le fait qu’il ne fallait pas les voir de façon hyper manichéenne. Il y avait quand même un amour absolu du joueur en tout cas pour ma part pour les personnages.

 

On commence par te faire jouer avec Ellie, et tu aimes toujours autant ce perso et au bout de même pas une heure de jeu on t’oblige à jouer avec un autre personnage féminin dont t’as rien à foutre en plus ! Tu ne la connais pas. Physiquement elle n’est pas un personnage habituel. T’es habitué à voir des nanas du genre sexy, ou alors douces. Mais alors ce genre de physique ! Ce n’est pas quelque chose à laquelle tu es habitué donc je trouve que ça surprend et ça dérange le joueur d’emblée ! Ce que je trouve déjà très intéressant. On ne sait pas où ça t'emmène et tout d’un coup on te fait buter l’un des personnages principaux que tu as tant aimé. Donc évidemment, moi-même ça m’a mis dans une rage folle. Je me haïssais en voyant cette scène ! Tu ne peux que haïr pour moi le personnage d’Abby quand tu commences le jeu. C’est normal de la haïr et je pense que c’est absolument volontaire au niveau du scénar’.

NBK: On le pense aussi.

 

“On parle de la vengeance, de la violence et de la complexité de ces émotions-là qui pourrit plus ou moins l’âme des gens.”

A.S. : Et vous savez en quoi je trouve la construction géniale ? C’est qu’une fois qu’on te l’a fait haïr, à nouveau on contreface sur Ellie, donc tu continues à détester Abby. Parce que pendant on va dire 12-15 heures tu vas jouer avec Ellie qui est dans cette souffrance et dans ce besoin de vengeance. Et tout d’un coup on te rebascule sur Abby, en te re-forçant à jouer avec elle alors que franchement tu n’as qu’une envie : c’est de la buter elle aussi ! (Rires). 

On te remet avec elle et là on te force à voir son passé, ses failles, sa personnalité. Le fait qu’elle n’est absolument pas une méchante de base qui aime la cruauté. Ce n’est pas ça ce personnage. Ce n’est pas manichéen, c’est beaucoup plus complexe. C’est beaucoup plus fouillé que ce qu’on a l'habitude de voir dans les méchants de jeu vidéo. Et je trouve que plus tu joues avec elle, plus tu as une empathie qui progresse. Au point que pour moi, à la fin (j’ai demandé à mon mec si c’était juste parce que je l’avais doublée ou pas) j’aime profondément Abby et je commence à avoir des sentiments mitigés pour Ellie.

Dans sa dernière quête finale, pourquoi elle retourne au combat à nouveau alors qu’elle avait relativement passé le cap en allant au bout de la vengeance et de la haine ? Du coup je trouve que tu as autant d’affection pour Abby que pour Ellie. Cela montre bien que tous les personnages ont les mêmes failles. Ils sont tous complexes, tous humains.

On parle de la vengeance, de la violence et de la complexité de ces émotions-là qui pourrit plus ou moins l’âme des gens. C’est pour ça que j’ai autant aimé que détesté le personnage d’Abby. C’est en ça que j’ai trouvé la construction du scénario maligne. Cela force le joueur à incarner des personnages qu’il ne veut pas connaître, ça le force à être dans des émotions inattendues. 

Contrairement au cinéma, où par exemple dans le film “J’ai rencontré le Diable” le personnage principal commet des actions de vengeance et le scénario tient sur un timbre. Comme le scénario de TLOU2 tient sur un bout de papier, c’est une vengeance croisée. Ce sont 2 personnes qui veulent se venger, point. Simplement, la différence, c’est l’impact émotionnel et comment on va traiter du sujet de la vengeance. 

Dans ce film là, ça a été extrêmement bien traité. En tant que spectatrice, j’avais un besoin de vengeance, j’avais envie qu’on lui fasse du mal à ce tueur en série ! J’étais complètement excitée à chaque scène extrêmement violente contre lui. Mais je trouve que dans TLOU2, tu es obligé d’être complètement investi émotionnellement. Contrairement au cinéma où tu es spectateur, dans le jeu tu as une identification à ton personnage. Quand tu tapes sur l’autre qui est en face, il le faut sinon...tu meurs. Et tu peux mourir plusieurs fois d’affilée !


 

“Tu ne tues pas les gens de la même façon dans TLOU2 que tu tues des gens dans Assassin’s Creed.”

 

NBK: Oui bien sûr et le protagoniste que tu joues ainsi que son entourage sont une source d’identification. Il y a un personnage en ce sens qui nous a énormément surpris. Que nous aimions beaucoup plus dans le 1er que dans le second. Pas par ce qu’ils en ont fait, au contraire mais c’est plus...humainement . C’est le personnage de Tommy.

Exceptionnel dans le 1er. Qui transpire la bonté et alors là…là-dessus on te rejoint car nous étions très hostiles à TLOU2 mais oui ils ont fait exactement ce qu’il fallait.

De plus, les développeurs te mettent en rage au début parce que Joel est un personnage mythique. Ils te mettent en rage en te mettant une anonyme et puis derrière on t’explique. On t’explique sans trop te dire et en te faisant ressentir le concept de la vengeance. On pense même que Ellie et Abby sont plus ou moins les mêmes personnages. Pas sur le même chemin, mais les mêmes personnages.

AS : C’est ça , elles sont motivées par les mêmes ressorts émotionnels et en plus ce que je trouve bien c’est que, comme vous le dites, on ne t’explique pas : on te fait ressentir. Tu comprends au fil du jeu. On te fait comprendre, on te fait réfléchir en tant que joueur, c’est rare, sur des thèmes de violence qui sont présents dans la plupart des jeux vidéo. Il faut bien que ce soit actif pour les joueurs donc on a besoin souvent de faire des bastons. Il y a de plus en plus de gens qui ne sont pas sur ces ressorts là, on est d’accord, et qui font des jeux de découverte ou de contemplation.

Mais la plupart des jeux il y a quand même le besoin d’aller tuer le camp d’en face. Et là, tout d’un coup, on te fait t’impliquer émotionnellement pour que tu te mettes à réfléchir à ce que ça veut dire tout ça. Tu ne tues pas les gens de la même façon dans TLOU2 que tu tues des gens dans Assassin’s Creed. Cela n’a pas le même impact. 

Quand tu dois buter quelqu’un car c’est lui ou toi, quand tu le rates de peu et que le PNJ se met à te supplier...je trouve cela vachement bien. Si tu les écoutes parler tu comprends qu’ils ont des rapports entre eux, des complicités...ce ne sont pas des personnages anonymes. C’est pas “ah ben tiens j’en ai tué 19”, non. C’est parce que ça t’amène à réfléchir sans qu’on doive te l’expliquer . En te faisant ressentir émotionnellement et c’est ça que je trouve malin dans ce jeu. On ne nous prend pas pour des débiles ! Le meurtre est un poids dans TLOU2.

 

“Mais qu’est-ce que ça veut dire sur la nature humaine ?”

 

NBK: Ben nous sommes entièrement d’accord. Un truc tout bête : même la plupart des anonymes ont un nom !

A.S: Je trouve ça hyper intéressant et ça te fait réfléchir, je trouve vraiment que le scénario est très court en fait. Mais il y ce genre de petit détail. A la fin par exemple où tu vois que Abby a été chopée par une autre faction humaine, d’enfoirés : en fait tu te rends compte que toutes les factions humaines dans ce monde post apocalyptique commencent à développer des mêmes traits de violence, d’esclavagisme. On viole, on pille et ça on ne te l’explique pas. Tu les connais à peine, tu vois des mecs qui “s’en sortent”. Tu en entends parler un petit peu mais tu comprends progressivement que dans la nature humaine , il y a ce truc là profondément… pas obligatoirement malsain à la base mais complexe qui se développe chez chacun et qui peut amener à des trucs absolument terribles. 

Le ressenti provient du fait que quel que soit l’endroit où on va, aux Etats-Unis ou dans le monde entier, on tombera toujours sur des groupuscules comme ça. Mais qu’est-ce que ça veut dire sur la nature humaine ?

NBK: Et on trouve que c’est un thème particulièrement bien développé dans un film qui s’appelle “La Route”.

AS: Ah ben je ne l’ai pas vu celui-là !

NBK : Si tu as l’occasion, mais pas un jour de pluie, tu verras que c’est la même violence qui est montrée et quand tu parles de factions, ça se passe comme ça. C’est un papa avec son petit garçon dans un monde post apocalyptique. C’est tout simple mais… émotionnellement c’est dur.  Et comme tu dis et c’est ce qu’on aime beaucoup, c’est le fait qu’on ne te dise pas à ce moment-là “tu dois être triste et là tu dois te marrer”. On te pousse dans tes retranchements de façon plus subtile. Et “les derniers d’entre nous” ça porte bien son nom car les derniers d’entre nous, ce sera ça. Et c’est terrible !

 

Une première conclusion pour un clap de fin qui n’est pas encore effectif

 

Et c’est par ces mots que nous avons bouclé cette première partie. Audrey entrera plus dans certains détails par la suite, et les réactions sur l’horreur ou l’horreur des réactions seront abordées. 

Un moment où la surprise, le secret enfoui, le paradoxe de l’âme humaine sont autant de visages qui constituent la condition humaine. Celle que nous aimons et que nous redoutons tant quand les retranchements sont atteints. Au point de se demander si la survie n’est pas pire que l’infection. Mais nous divaguons...

 

Un second temps plein de réflexion et des constats durs...et finalement tellement réels. Une invitation à l’interprétation. En outre, les erreurs de la nature de l’homme furent aussi de sortie. Bashing, retournements de situation et vision d’auteur : ce sera notre étude initiée sur PSMag dans la seconde partie.

 

Cependant...ce sera pour une autre fois. Nous avons tant de choses à vous raconter. Et tant de personnes à remercier !

 

Les Podcasts de Level MAX · N°53 Quand le gaming donne de la voix avec Audrey Sourdive
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