Note du test 8.5/10En conclusion :

Nous l’attendions sur un terrain bien préparé, voilà que Frostpunk nous contourne par le flan. Si par le passé nous avions été chamboulés par This War of Mine parfois raté dans son ergonomie mais saisissant de désarroi, nous vivons simplement l’expérience inverse. Pertinent, excellent et pointilleux, en plus d’exposer sa vision de la gestion, le jeu donne sans compter et sans excès, se renouvelant curieusement. S’il n’évitera pas la redondance, jamais la lassitude ni la morosité ne feront leur apparition. Etoile du berger au centre d’un blizzard étrange pour nous, défenseurs de nos précieuses consoles, la production nous prouve que le genre n’est désormais plus esclave des tours d’ordinateurs surpuissants. A l’instar de Stellaris, le vent du changement caresse nos joues sans les griffer. Nous serons un peu chafouins face au manque de trouble sentimental mais rassurés grâce à une maîtrise palpable. De quoi espérer des hivers toujours aussi rudes. 11 bit studios les soigne tant.

Les plus

Construction logique
La surprise de la découverte
Les multiples tâches à gérer
Un univers fort
La justesse des sensations
La Direction Artistique fondante

Les moins

L’arbre des lois un poil limite
L’implication émotionnelle inexistante
Une implacable routine de fil en aiguille

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    rédacteur
    NoBloodyKnows


  • ps4

    Frostpunk
    Editeur et Developpeur : 11 bit studios
    Genre : Stratégie
    Etat du jeu : Jeu disponible
    Date de sortie : 11 octobre 2019
    Trophées : Oui
    Prix de lancement : 29,99 €
    Support


    Test Frostpunk

    Publié le jeudi 10 octobre 2019 à 10h00 par NoBloodyKnows - 239 / 0
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    Comme beaucoup de gamers ayant choisi le camp des consoles, nous connaissions 11 bit studios tout en fantasmant sur l’oeuvre This War of Mine, constat déchirant évoquant la survie des civils en plein conflit armé obligés d’affronter le froid, la fatigue ou autres pillards. Mais les divinités du jeu vidéo ont entendu nos cris étouffés lorsque débarqua le soft sur nos plateformes, dans son édition The Little Ones, confrontant les enfants à l’épreuve de la belligérance. Un véritable appel du coeur de la part du studio de Varsovie qui nous faisait vivre l’horreur des autres protagonistes de la guerre, ceux que nous ne voyons que trop peu dans les récits d’Hollywood. Une expérience un peu délicate à prendre en main mais qui dégageait une puissance insoupçonnée, pleine de nuances et de violence suggérée. Touchant et maîtrisé, le soft des créateurs s’est vite imposé comme un classique qu’il est de bon ton de connaître. Aujourd’hui, changement de décor: place au steampunk post-apocalyptique avec chacun de ses codes. Une révolution industrielle puis une catastrophe naturelle qui nous rappellent qu’à la fin, la Nature reprend toujours ses droits. En imposant ici un hiver éternel s’abattant sur une civilisation au bord du gouffre, si nous pouvons encore la définir comme telle. Sans leader, l’extinction nous guette. Vous êtes le Capitaine.

     

    Frozen in arms


    Tout est fini, jamais nous ne retrouverons notre gloire d’antan. Dans un XIXème siècle alternatif, les saisons n’existent plus et la vague de froid est permanente. Décidé à bousculer le genre, Frostpunk se présente comme un City-Builder survivaliste. A l’inverse d’un 4X, même si le jeu pioche dans le genre pour en soutirer le meilleur, pas question de penser à s’étendre pour devenir maître des lieux; il s’agit bien plutôt de maintenir la flamme pour éviter de crever dans sa crevasse.

    De prime abord, notre sujet se présente comme une oeuvre dépressive habilement mise en scène: l’OST, quoique parfois un chouïa redondante, nous délivre des mélodies graves empreintes de la détresse qui envahit votre population. Enfants, femmes et hommes, c’est sur vos épaules que tient la promesse de voir un lendemain supplémentaire. Et il ne faudra pas traîner…

    Que les nouveaux arrivants se rassurent: oui le jeu est assez difficile et un cumul d’erreurs d’appréciation vous sera fatal, sans autre forme de procès. Vous vous doutez donc bien que votre premier adversaire sera le baromètre annonçant des températures glaciales. En ce sens, on se surprendra à apprécier un -20°C sachant qu’il y aura pire. Bien pire.

    Et dans le premier scénario (il y en a 4 en tout), vous devrez résister aux conditions climatiques qui se dégradent. Comment? En chérissant votre générateur de chaleur qui nécessite d’être alimenté en charbon. Et croyez-nous, la dernière chose que vous souhaitez est de voir votre foyer s’éteindre, faute de matériau pour l’entretenir. Ce ne sera pas la seule ressource à collecter puis à “produire” par la suite car vous aurez besoin de bois pour, entre autres, construire vos bâtiments. Et à quoi bon avoir une belle flamme si aucun habitant n’a de logement? Ce serait les condamner à mort…

    L’acier sera également un rouage essentiel, plutôt vers la suite des événements, lorsque votre longévité de survie se compte en journées. Et c’est cette dimension stratégique qu’il ne faut absolument pas négliger: choisissez l’ordre dans lequel vous allez récolter les matières premières en surveillant vos stocks. Conscient de devoir adapter son titre à son support, l’ergonomie s’avère plutôt bien pensée en dépit d’un nécessaire temps d’adaptation. Peut-être que nos habitudes de consoleux sont chamboulées par une typologie venue du PC mais il est clair que ce n’est pas inné de gérer l’ensemble.

    Heureusement, les choses s’arrangent au fur et à mesure que vous approchez la Belle.

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    Partir de rien, ou si peu...

    Freeze de tête


    Parler de la “portée de chaleur” est également capital: une simple pression du pavé tactile permet d’avoir une vue d’ensemble des zones thermiques dont les qualificatifs donnent le ressenti de température. Fichtrement bien foutu, le code couleur est élégant et ne permet aucune interprétation. Vous verrez le champ d’action de votre générateur qu’il vous faudra booster pour anticiper les détériorations climatiques de plus en plus graves. En plus de la puissance, le rayon sera important et vous devrez décider des ajouts à apporter, comme les foyers ou radiateurs. Inutile de vous préciser que si ces derniers sont activés, les ressources vont diminuer encore plus rapidement. On le répète: gérer votre production et stockez-la dans les bâtisses adaptées. C’est cartésien à souhait mais redoutable.

    Coup de poing réaliste, il vous faudra penser votre ville histoire qu’elle ne ressemble pas à un gloubi-boulga indigeste qui s’effondre au premier coup de grisou. Les habitations? Près de la source d’énergie rayonnante. Les postes de collectes doivent aussi à terme être chauffés car observer ses récolteurs s’affaiblir jusqu’à en devenir malades, puis mourir, est un coup de pompe envers vos efforts. Oui, les bâtiments ne fonctionnent que s’ils sont habités, selon des heures précises (nous y reviendrons) et ne protègent que modérément des morsures glaciales. Pensez aussi à connecter le tout par des routes et arrangez-vous pour que les accès soient rapides.

    En plus de réfléchir à quelle distance de votre fournaise placer vos constructions, vous êtes dans l’obligation de comprendre où les faire sortir de terre pour qu’elles soient efficientes. De nouveau, le soft étale sa science implacable: un centre de soin? Au plus près des bâtisses. Un cimetière? Le plus loin possible, cela ne dérangera pas ses résidents de rester dans le gel…

    Si tout cela vous paraît exponentiel, n’ayez crainte: Frostpunk est complet sans être inaccessible. La barre de temps défile et si vous pouvez l’accélérer, prenez aussi l’habitude d’activer la pause pour vous creuser les méninges, cela évitera de le faire pour des tombeaux. Evaluez, renoncez, détrompez-vous et prenez les bonnes décisions pour tout assimiler. La générosité n’est pas nécessairement signe de facilité, alors restez sur vos gardes.

    Dans le cas contraire, la chute (de neige) n’en sera que plus douloureuse, l’agonie du game-over se repérant bien avant son arrivée.

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    Tenir ses promesses. Ou subir les conséquences!

    La Frost commune


    Aucune chance de se maintenir à flot sans avancement de votre technologie. La fin du monde ne rompt en rien la révolution industrielle et beaucoup d’améliorations vous amènent un confort dans un premier temps avant de devenir primordiales. Meilleur rendement, prod’ autonome, matériel d’exploration: le choix est vaste et nécessite d’être juste. Vous devrez ainsi visiter “l'Étendue” à la recherche d’autres contrées pour trouver d’autres survivants ou d’autres pièces d’équipement, ce qui sera un vortex de surprises. Dans tous les sens du terme!

    Un impact sur votre peuple qu’il sera essentiel de mesurer. Frostpunk ne se contente pas de vous obliger à vous débrouiller pour nourrir vos citoyens et à vous de composer en fonction de 2 barres absolument incontournables: le mécontentement et l’espoir. En véritables poids de balance, vous vous doutez que si l’une monte, à 95% l’autre descendra...et en plus des événements scriptés et/ou issus de votre gestion, vos choix seront décisifs. C’est ainsi qu’entre en scène l’arbre des Lois, le génial système qui paradoxalement déçoit un tantinet. Pour faire court, il s’agit de votre politique à mettre en place: faire travailler ou non les gosses, voire leur confier des tâches dangereuses, mettre de la sciure dans les plats par souci d’économie (même si la maladie guette…), divertir la plèbe par la fréquentation d’un pub, amputer certains patients ou les laisser mourir...sachant qu’une recherche sur les prothèses pourraient vous faire changer d’avis. A vous de trancher!

    Charge vous incombe de décider, en mesurant ce qui est susceptible d’agacer les gens. Augmenter les cadences de travail jusqu’à faire bosser les ouvriers ou ingénieurs de nuit? Laisser travailler des automates qui, sans améliorations, oeuvrent moins vite mais plus longtemps? Pas de longues négociations pour la casse du contrat social…juste un timing à respecter entre 2 promulgations, histoire d’aller à l’essentiel (en fonction de votre analyse) et des promesses à tenir pour éviter de vous mettre les derniers d’entre nous à dos.

    Dans les faits, cela fait illusion un temps mais Frostpunk échoue là où son grand frère brillait: le dilemme de conscience ne fonctionne pas en raison d’habitants sans personnalité. Le nombre est une explication mais voir claquer du beau monde, ça ne nous émeut pas. Tout juste cela contrarie nos plans, néanmoins ce sera vite oublié lorsque vous obtiendrez d’autres renforts: pas d’implication émotionnelle donc et vous vous retrouverez à opter pour un pragmatisme redoutable, le choix humain vous mettant plus en difficulté qu’autre chose. C’est dommage au sens où tellement de fantasmes sont envisageables. Cependant, cela ne fout pas du tout en l’air le gameplay.

    Il est juste ennuyant de se dire que seul le libéralisme un brin furieux est un outil fonctionnel après l’apocalypse.

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    Savourez...car tout peut s'écrouler si vite...

    Frost et rookie


    La difficulté, paramétrable selon 4 niveaux, reste permanente et l’explorateur inexpérimenté pourrait en faire les frais dès le mode facile. Surtout quand il sera effaré devant des secousses qu’ils n’avaient pas anticipées. 4 scénarii sont à découvrir, dont le déblocage se déroule en fonction de votre appétence pour survivre 20 jours dans celui qui le précède, et nous avons une tendresse particulière pour le dernier, très habile dans sa connexion avec le précurseur.

    Alors ok une fois explorés, les coups de théâtre n’ont plus la même densité mais observer l’accueil de réfugiés, les conflits sociaux ou une volonté de putsch, ça a de la gueule! Si nous pourrions reprocher une durée de run assez sommaire pour chaque histoire (comptez entre 10 et 15 heures pour chacune), un mode infini est également disponible. Avec, cerise sur la gelée, 2 options dont une vous met la pression tandis que l’autre se la joue pépère.

    D’une DA divine en dépit d’une blancheur extrême et imposée, le jeu est franchement joli. Tout juste râlons-nous contre un zoom bien trop court mais ce détail s’évapore au fil des parties. Le puriste nous fera en outre remarquer que ce n’est pas franchement rejouable une fois la routine comprise et installée. Une véracité incontestable à (très) long terme car le repas est déjà bien copieux. Et si pour gouverner il faut prévoir, un laps de temps est inévitable pour dompter la Bête.

    D’un rythme inégal, et c’est le genre qui veut ça, la production est illuminée de perfectionnisme dans ses mécaniques, jamais injustes ou friables. Elles en deviennent juste prévisibles à force.

    Encore faut-il résister vaillamment pour le déceler.

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    Votre foyer: il n'a jamais si bien porté son nom!

     

     

     



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