Note du test 8.5/10En conclusion :

Décrocher la Lune… Il serait bizarre de dire que ma première excellente surprise de l’année se trouve être un jeu sorti quelques années plus tôt sur d’autres plateformes. Mais si, je le fais. Deliver Us The Moon nous livre (huhu) une aventure narrative captivante, rythmée et maîtrisée. De la science-fiction classique mais efficace, inspirée, dont les références se devinent sans pour autant crier au plagiat ou douter de l’authenticité de la démarche des créateurs. Quelques défauts viennent baisser la note mais en aucun cas ne justifient de passer à côté de ce premier essai transformé par le studio Keoken. Il est temps d’avoir un peu la tête dans les étoiles et de viser la Lune.

Les plus

La narration impeccable
Une aventure rythmée et maîtrisée
Le score parfait de Sander Van Zanten
Des sensations et des émotions

Les moins

Chargements et freezes de la mort
Un finish rageant (le dernier objectif)

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    rédacteur
    ReleaseForBurial


  • ps4

    Deliver Us The Moon
    Editeur : Wired Productions
    Développeur : KeokeN
    Genre : Aventure
    Etat du jeu : Jeu disponible
    Date de sortie : 24 avril 2020
    Trophées : Oui
    Support


    version éditeur

    Test Deliver Us The Moon

    Publié le mercredi 29 avril 2020 à 15h10 par ReleaseForBurial
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    Les jeux qui me surprennent ne sont pas légions. J’ai une tendresse pour les productions parfois bancales ou mal aimées, les indépendants et d’autres bizarreries et je ne surveille que trop peu la section jeux vidéos de Kickstarter, trop de projets n’ayant pas vu le jour à mon goût. Pourtant la plateforme m’a déjà apporté du coup de belles pépites comme l’ovni Trüberbrook, une drôle d’histoire de science-fiction d’ailleurs… Tiens tiens… Deliver Us The Moon est passé par la case Kickstarter il y a 4 ans de cela. Les Hollandais Koen Deetman, Paul Deetman et Johan Terink sont à l'initiative de ce projet, premier de leur studio indépendant Keoken formé en 2014 et pas moins de 2840 backers ont pris le pari de les suivre. Ces héros, comme les appellent Keoken, ont eu le nez fin et ont permis la création de cette aventure de science-fiction. J’aurais aimé au final faire partie de ceux-ci et contribuer à l’édifice de cette aventure. Vraiment.

     

    Science et fiction


    Comme tout genre défini, la science-fiction l’est également et possède ses propres codes souvent répétés d’une oeuvre à l’autre. Un espace-temps différent, la présence de la technologie quasi inévitable, la science évidemment, les spéculations sur ce qui nous entoure ou ce qui pourrait nous pousser à dépasser les limites connues par l’homme… Notre planète et son satellite restent néanmoins le théâtre de la majeure partie de ces oeuvres fictives. À moins qu’elles ne soient prémonitoires! Après tout, nous avons déjà voyagé sur la Lune, y avons réalisé des expériences, les stations orbitales existent et la technologie prend de plus en plus de place dans notre quotidien. Et que dire de l’épuisement des ressources naturelles ou de la crainte de l’extinction de l’humanité… De la science-fiction nous dit-on.

    Deliver Us The Moon nous plonge dans cette ambiance de fin du monde avec une introduction rapide et efficace et nous place aux premières loges de LA mission qui pourrait permettre de sauver l’humanité.
    Il se dégage directement une sensation d’urgence, d’autant plus qu’aucun personnage n’est introduit, y compris celui dont on prend le contrôle. Pas de temps à perdre, la tension est installée de suite avec un premier chapitre sur Terre, très court et véritable tremplin dans l’aventure qui suit. Simple et efficace.
    La suite se montre tout aussi fluide et haletante, le jeu se déroule sans temps mort, accroche, distribue les informations sur le drame qui s’est joué sur la Lune avec intelligence et joue avec nos sensations tout du long. Une maîtrise du rythme que l’on ne croise que rarement désormais (toujours selon moi) dans la majeure partie des productions.

    On pourrait d’ailleurs s’interroger sur cette fluidité, le jeu ayant été à la base découpé et sorti en plusieurs épisodes. Cas rencontré dans la quasi totalité des jeux en épisodes: celui de l’épisode de trop, charnière, ennuyeux ou trop court, et que dire de la réalisation inégale entre plusieurs sorties, de la perte d'intérêt… J’en passe. Le jeu de Keoken ne souffre d’aucune baisse d’intensité, enchaîne les séquences tout en laissant la place, justement, à des moments de contemplation ou limite absurdes (comme jouer de la guitare en apesanteur) mais ne les impose pas. La tension monte au fur et à mesure jusqu’à une séquence finale rappelant l’urgence d’un Sunshine de Danny Boyle.

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    Fly Me To The Moon


    Mais comment cela se fait-il que le jeu prenne autant? Qu’y fait-on d’exceptionnel? Surtout que notre astronaute, à l’image d’un jeune Isaac Clarke, ne décroche pas un mot, ne quitte jamais sa combinaison et exécute les tâches qui lui sont confiées à la radio depuis la Terre.
    Comment donc créer le lien avec ce personnage mutique, sans visage ? Si l’empathie ne se fait pas avec l’astronaute directement, elle se fait à travers la narration. Arrivé sur la Lune, l’investigation autour des faits ayant mené à la coupure des liaisons entre le satellite et la Terre se fait à travers la récupération d’audio logs ou de documents qui relatent les événements. Ces enregistrements et témoignages sont à la fois troublants et même poignants pour certains, et leur découverte nimbe par moments les lieux visités d’une étrange aura, une ambiance parfois même glaçante.

    C’est là un point très important de Deliver Us The Moon. Une aventure de science-fiction qui se transforme en un thriller, la tension montant en même temps que la chasse aux indices s’intensifie.
    Tout cela se produit dans un décor grandiose, rappelant Moon, Sunshine et Gravity (pour les références cinématographiques récentes), ou encore Dead Space et Adr1ft (pour les inspirations vidéoludiques).
    La comparaison se fait d’ailleurs très bien avec ces deux derniers exemples, le titre de Keoken jonglant entre la vue TPS de l’un et FPS de l’autre. Cette alternance se fait avec aisance, la première personne prenant généralement le dessus dans des endroits exigus comme les conduites du vaisseau, dans certaines cabines et dans les moments en totale apesanteur. Impossible lors de ces phases de ne pas penser à Adr1ft: les déplacements se font à l’identique et retranscrivent grandiosement la désorientation et la sensation de flotter de manière incontrôlable.

    Le reste du jeu utilise donc la vue à la troisième personne, la caméra suivant l’astronaute dans les couloirs des différentes installations lunaires et dans certaines autres zones. Diverses sensations de jeu qui glissent parfaitement de l’une à l’autre et qui n’empêchent aucunement de réaliser les tâches ou de surmonter et résoudre les puzzles proposés.

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    Objectif Lune


    Les mécaniques du titre sont avant tout au service de l’histoire. Certains pourraient le regretter mais c’est également un élément clé de ce maintien du rythme de l’aventure. On ne reste jamais trop longtemps bloqué sur comment ouvrir telle porte, comment réparer un mécanisme ou à décider de la direction à prendre. Les objectifs sont clairs et à vrai dire, seul un passage, à mon sens, fait un peu tâche dans le déroulé de l’histoire et créé pour un bref instant une fausse difficulté qui n’a pas sa place dans l’oeuvre.

    Pas de grands obstacles rencontrés donc, simplement de la logique mais pour autant, le jeu ne manque pas de captiver et l’avancée ne sera pas non plus de tout repos et c’est ce qu’on peut en fait lui demander de mieux. La narration suffit à rappeler régulièrement l’urgence de la situation et que nous ne sommes pas là pour admirer le paysage tout en nous guidant vers la résolution.

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    Space Opera - tor


    Le dénouement arrivera bien assez vite et en attendant, le chemin parcouru est de toute beauté. Sans avoir les moyens d’un gigantesque studio, je l’entends, Deliver Us The Moon n’a pas à rougir et propose des moments de contemplation. Même si on pourrait redire un peu sur le manque de matière dans la texture de l’image, le reste est de très bonne facture. On passe beaucoup de temps dans des couloirs des stations sur la Lune et il y a une certaine unité entre chacun des bâtiments mais l’agencement à l’intérieur permet de ne pas avoir l’impression de parcourir les mêmes coursives inlassablement. Bien plus lumineux qu’un Dead Space, il n’en reste pas moins un sentiment de peur qui subsiste.

    Là où l’on craint de voir surgir à chaque coin de couloir ou au moindre bruit des créatures cauchemardesques, ici on craint l’absence et le silence nous laisse abasourdis. Qui pourrait croire que le vide et le calme pouvaient faire aussi peur ? Celui de l’espace, glacial, sans merci est une chose mais un néant de vie là où il est supposé y en avoir une est peut-être bien plus effrayant…

    Ce silence est rarement trompé par les bruitages comme par le score sublime composé par Sander Van Zanten. Mêlant de belles envolées comme dans Interstellar et Sunshine ou se faisant plus discrètes, voire intimistes avec un piano délicat comme dans Moon, les compositions sont justes à chaque fois et amplifient ce récit.

    Ce récit serait presque parfait s’il ne souffrait de quelques défauts. Qu’il est dommage en 2020 de voir surgir encore des chargements d’une telle longueur. Mourir fera recharger au point de sauvegarde précédent et comment dire ça correctement… c’est putain de long !!! Et le pire revient aux chargements dans les niveaux qui surgissent généralement entre deux salles et freeze l’image pendant presque trois secondes!!! Oh! Mon! Dieu!!! Mon secret espoir est de voir cela arrangé par un patch, tant ce petit défaut se répète durant la progression.

    Et la dernière tare se montre lors de la dernière action du jeu. Dans l’espace, personne ne vous entendra criser… je suis prêt à parier que si!!! Sans en dévoiler le contenu ou la teneur, ce passage m’a personnellement ruiné l’intensité du finish de cette aventure comme je disais presque parfaite. Qu’à cela ne tienne mais un petit goût amer demeure…

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    Test Deliver Us The Moon - 6 minutes de lecture