Note du test 5.5/10En conclusion :

Le studio One-O-One ne nous avait proposé jusqu’ici qu’un jeu de ping-pong au VR et cette évocation d’un sujet intéressant attaqué sous l’éclairage vidéoludique était prometteuse. Rappelant sans conteste Firewatch, What Remains Of Edith Finch ou bien Gone Home, le jeu n’arrive pas pour autant à captiver et toucher autant que ces titres malgré une réelle implication et participation des acteurs qui incarnent les voix de Nicole et Irving. La mauvaise exploitation du lieu est aussi dommage car on sent qu’il y a eu un vrai travail de détails, d’architecture du lieu qui donne envie de passer beaucoup de temps dans Timberline Hotel. Il joue néanmoins un grand rôle dans l’ambiance du jeu. Enfin, les thèmes abordés sont intéressants mais trop peu de place leur est fait que ce soit la construction de la famille, le suicide ou la relation adultère du père avec une enfant. Bref, des qualités techniques indéniables et des sujets peu ordinaires rendent The Suicide Of Rachel Foster très attractif et le jeu mérite malgré ses défauts que l’on passe ce petit moment en sa compagnie. Juste un étrange arrière-goût de trop peu et de passer à côté de quelque chose qui aurait pu être bouleversant.

Les plus

Le Timberline Hotel
Le travail des acteurs (attention pure V.O.)
Graphismes photoréalistes de bon niveau

Les moins

Trop court
Les raccourcis pris à tous les niveaux

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    rédacteur
    ReleaseForBurial


  • ps4

    The Suicide of Rachel Foster
    Editeur : Daedalic Entertainment
    Genre : Aventure
    Etat du jeu : Jeu disponible
    Date de sortie : 26 août 2020
    Trophées : Oui
    Prix de lancement : 19,99 €
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    Test The Suicide of Rachel Foster

    Publié le mardi 29 septembre 2020 à 21h39 par ReleaseForBurial
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    Soyons direct : parler de ce jeu ne relève pas de l’exercice facile, tout ou presque étant dit dans le titre. Le studio italien One-O-One s’attaque à un sujet difficile et d’emblée, nous apprenons les raisons de ce suicide et découvrons un autre thème sensible autour duquel va se dérouler le jeu, c’est à dire la pédophilie. En effet, Rachel Foster avait 17 ans lors de sa disparition. Celle-ci est en lien direct avec l’étalage au grand jour de sa relation avec un père de famille âgé de 49 ans, Leonard McGrath. Cela détruisit les deux familles. Voilà, maintenant, vous comprenez aisément la difficulté que l’on pourrait avoir à rédiger le test d’un tel objet vidéoludique et en écrivant cela, je me demande même si je ne suis pas en train de me tromper en utilisant un tel suffixe à vidéo.

     

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    Montana, 1993. Nicole Wilson, la fille de Leonard revient 10 ans après l’avoir quitté subitement avec sa mère à l’hôtel familial, le Timberline Hotel, complexe au milieu des montagnes dans la plus pure tradition des années 70/80. Aujourd’hui une bonne partie tombe en ruines et Nicole s’y rend à la demande de sa mère décédée récemment afin de procéder à la vente du complexe hôtelier et remettre une partie de l’argent de la vente à la famille restante de Rachel Foster.
    Ce retour forcé dans l’ancienne demeure familiale n’est pas sans affecter Nicole qui est bien décidée à en finir le plus rapidement possible avec la vente. Mais une tempête de neige va bloquer les routes et l’isoler au Timberline Hotel. Enfin pas totalement puisque Irving, un employé de la FEMA, va rester en contact avec elle via un ancêtre du téléphone portable.

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    Un sujet très grave rarement abordé dans le jeu vidéo

    The Mansion on the Hill


    Le point de départ de ce jeu très court (moins de 2h30) est fort, très fort et l’ambiance se pose d’emblée à travers l’introduction et l’arrivée sur les lieux. Le Timberline Hotel est un hommage non déguisé à The Shining (le nom de l’hôtel fait référence au lieu de tournage du film de Kubrick) et on sent de suite le soin apporté à la réalisation du lieu. Véritable dédale réalisé dans un photo réalisme plutôt bien foutu, il en reste néanmoins crédible avec ses coursives pour le personnel, les lieux pour le public comme le belvédère, le dancing ou encore le grand restaurant. Il y a une sensation de grand dans cet endroit et il a été créé avec un souci du détail impressionnant ne se contentant pas d’une bouillie de pixels lorsque l’on s’approche d’une bibliothèque ou d’une vitrine. Tout est bien détaillé : chacun des objets, des titres de livres sur les tranches, des couvertures, le moindre bibelot ou même les photos.
    Le Timberline Hotel se présente comme un personnage presque à part entière, étant le témoin des événements tragiques du récit et gardien de nombreux secrets.
    Néanmoins, malgré sa grandeur et ses coins et recoins qui donnent envie de le visiter de fond en comble, il n’est pas réellement exploité.

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    Le Timberline Hotel, un lieu au charme désuet

    Ghost House


    Le séjour de Nicole dans le Timberline Hotel n’est donc pas sans rappeler le séjour de Jack et sa famille dans le film de Kubrick et les créateurs du jeu nous emmènent pendant un moment dans une sorte de conte que l’on pourrait croire fantastique voire horrifique mais au final, le potentiel n’est pas exploité et on ne laisse pas de liberté au joueur.

    La trame se déroule sur plusieurs jours et Nicole se retrouve avec une mission donnée. Elle la réalise sans avoir la possibilité réelle d’emprunter un autre chemin que celui désigné par le studio et se verra l’accès bien souvent bloqué ou ne pourra toucher des items disséminés un peu partout avant que le jeu ne l’autorise. On abandonne donc très vite l’exploration et on se contente de trouver ce que l’on nous demande. Le complexe hôtelier si intriguant au début ne devient au final qu’une toile de fond et c’est bien dommage.

    D’un autre côté et sans trop en dévoiler, le jeu est avant tout un drame humain et les éléments fantastiques sont là aussi pour brouiller les pistes et joueur avec l’esprit de Nicole qui fait sa transition de personne exécrable et froide au début à profondément touchée et traumatisée au fur et à mesure que les jours passent et que le voile se lève sur événements tragiques qui ont mené à la disparition de Rachel Foster.

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    Le Timberline Hotel, complexe isolé dans les montagnes du Montana

    Moving, Watching, Sleeping, Walking, Talking


    Il y a effectivement peu à faire dans ce jeu rappelons-le très court et rythmé par les échanges entre Irving et Nicole. Impossible de ne pas penser à Firewatch dans cette relation via radio interposée (même si ici, on est sur les premiers téléphones “portables”) qui développe les liens entre les protagonistes. Tout comme avec Henry et Delilah, il y a même des réponses à choix multiples pour essayer de changer la dynamique entre les deux personnages et aussi la nature de leur relation. Mais à la différence du duo de Firewatch, ici, les échanges traînent en longueur parfois et surtout gèlent littéralement l’action à l’écran !!!

    Oui, on peut rester planté un moment devant l’objectif et attendre de longs instants sans pouvoir ne rien faire d’autre que d'écouter les deux personnages échanger longuement au lieu de simplement valider celui-ci et passer à autre chose. Encore une fois, on en revient à ce problème de rythme bizarre puisque généralement, la validation d’un objectif signifie la fin du jour. Un système abrupt qui abîme la narration qui est pourtant essentielle ici.

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    Le seul lien entre Nicole et Irving

     

    Missed Opportunities


    Oui, il y en a plus d’une. Le pitch de départ est très bon et franchement, les premières minutes font monter tout doucement la sauce. Hélas, à un peu plus du tiers du jeu, les Italiens de One-O-One se prennent les pieds dans le tapis et passent à côté de certains éléments clés.

    Difficile de s'expliquer sans spoiler mais en gros, on peut se permettre des ellipses dans un récit mais on n’a pas le droit à des raccourcis aussi grossiers surtout dans ce genre de jeu basé sur la narration et l’intrigue, la découverte d’indices, de lieux etc…
    Nicole se retrouve en possession d’éléments clés dans la compréhension des faits sans même que le joueur ne participe activement à leur découverte, les faisant surgir comme ça, au réveil de notre intéressée qui dit avoir fouillé toute la nuit dans les documents de son père et c’est tout. Rien d’autre. Voilà, c’est tout, c’est plié.

    On est confronté plusieurs fois à ces raccourcis dans l’histoire et malheureusement, les thèmes abordés sont également victimes de ces actes réducteurs. Quid du thème de la pédophilie, du suicide, des ruptures dans la famille ? On en attend tellement plus mais tellement plus car on peut saluer l’audace des créateurs de vouloir toucher le public sur de tels sujets… On retient surtout la manière très basique de les traiter voire de les réduire à peu alors que l’on approche du final.

    Ce dernier d’ailleurs en laissera plus d’un sur le séant, étant lui aussi réduit à peu et déroutant.

    Storytelling


    The Suicide of Rachel Foster n’est pas une mauvaise histoire mais elle est mal ficelée. C’est dommage car sur plusieurs points le jeu est vraiment positif.
    Le traitement graphique photoréaliste est très bon, la bande son intéressante et surtout, il y a un superbe travail des acteurs/doubleurs qui livrent une très très bonne personnification de leur personnage.

    On notera un petit problème néanmoins de spatialisation du son qui, lorsque Nicole doit se fier à cela, peut mener dans des endroits à l’opposé de la source du bruit.
    A noter aussi une traduction française pleine d’erreurs et emmenant le joueur parfois très loin de son objectif.
    Manette en main, les déplacements sont lents mais on s’y fait comme dans tout walking simulator.




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