Note du test 7.5/10En conclusion :

Sempiternelle question: faut-il juger une oeuvre selon son époque? Langrisser I & II a le mérite de poser cette réflexion, oscillant entre la (re)découverte et le talent, la mémoire et le vieillissement, le passé et le futur. Résolument installé comme pilier du genre, Langrisser ne subit pas un ravalement de façade cherchant à le moderniser. Cela aura probablement un impact rédhibitoire pour une frange de gamers alors que d’autres se montreront plus conciliants, avides de savoir ou de retour à la source, histoire de bien comprendre ce que représente la quintessence des Anciens. Bien en amont de ce qui fut évoqué dans ce test, il s’agit avant tout d’une chance de jouir d’un phénomène qui nous paraît un peu trop étrange, loin de la gueulardise de certaines productions. Ici, c’est un murmure qui s’étouffe parfois en relatant la chouette époque où la belle dame, devenue aujourd’hui vieille fille, s’offre un dernier tour de manège pour rappeler à quel point son sex-appeal est devenue une référence. Largement égalée et dépassée par notre époque, la création a choisi de ne pas trahir son essence et se livre à nous, brute et sauvage, nous laissant perplexes au premier abord. Jusqu’à saisir le sens du message: c’est à nous de comprendre ce que nous qualifions d’indigène lorsque nous sommes sur son territoire. Loin de la mythologie fantasmée, Langrisser, sous la houlette de NIS America, prend le risque de dévoiler ses formes, fussent-elles ridées. Comme si la Légende n’avait point peur du fantasme...

Les plus

Une refonte appréciable
Un rythme bien géré
Une ouverture pour les novices
L’importance des Commandeurs
Les surprises lors des batailles
La traduction abordable en anglais…

Les moins

...sauf pour l’anglophobe
Parfois trop simple
Des mécanismes trop épurées pour les puristes contemporains
Le retour aux embranchements mal foutu

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    rédacteur
    NoBloodyKnows


  • ps4

    Langrisser I & II
    Editeur : Koch Media
    Développeur : Kadokawa Game
    Genre : Action | Tactique
    Etat du jeu : Jeu disponible
    Date de sortie : 13 mars 2020
    Trophées : Oui
    Support


    version éditeur

    Test Langrisser I & II

    Publié le mercredi 11 mars 2020 à 20h12 par NoBloodyKnows
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    L’avantage d’avoir connu le gaming dans les années 90 (au moins!) est de pouvoir se poser en tant que vieux grognards criant face au vent que tout était bien plus pertinent avant et que désormais nous nous contentons de pâles copies/suites/reboots en tout genre (avec le tiercé parfois dans le désordre). Cela permet plus sérieusement de prendre du recul face à l’instant présent afin de remonter le temps pour constater l’évolution d’un genre et globalement de toute création. Alors, faut-il militer pour une hagiographie du jeu vidéo? Sommes les spéléologues d’un loisir qui va jusqu’à titiller les prestations artistiques sur de nombreux points? Fichtre les amis. Et même diantre pour les plus taquins! Néanmoins, certaines interrogations sont d’une légitimité à toute épreuve: dépoussiérer ce qui peut être considéré comme pionnier est-il pertinent à l’heure de la mutation constante et novatrice? Le doute se lève comme une brise un tantinet désagréable mais charge à l’industrie d’y répondre. Et ces quelques lignes ne sont pas destinées à appâter le client du marché. Non! Il s’agit de comprendre et de savoir comment procéder à une jolie symbiose entre nostalgie, découverte, passéisme et transformation. C’est tout l’enjeu de cette compilation repensée englobant les 2 premiers volets de Langrisser, cette saga de Sega si populaire et pléthorique là où le soleil se lève à l’est et si absente sur les plaines de nos immenses contrées. Respectivement déployées en 91 et 94, les 2 oeuvres sont la contre-attaque envers Nintendo supportant la licence qui devient de plus en plus familière: Fire Emblem. Sauf qu’aujourd’hui, le conflit entre les 2 constructeurs n’est plus qu’un vague souvenir, une pensée voire une anecdote qui nous fait esquisser un sourire couplé aux frissons. Egides du Tactical RPG, les 2 papys ont encore des choses à nous dire et c’est à nous, en tant que fidèles patriotes de la nation PSMag, que revient l’honneur d’observer la bestiole sous tous les angles.

     

    Glaive Général!


    Irons-nous par 4 chemins? Cela fait beaucoup d’interpellations de la conscience commune aujourd’hui mais la réponse est négative. Langrisser est donc un Tactical des familles, celui qui apparaît comme on ne peut plus classique. Cependant voyez-y une sorte de miroir: si vous avez cette impression de déjà-vu, ce sont en réalité les productions qui ont suivi qui se sont inspirées de ce maître-étalon. Une fichue qualité puisqu’elle observe sa jumelle rappliquer au galop: si vous êtes un habitué de ce style bien particulier, il y a malheureusement, et ce en parlant de gameplay pur, des chances que vous pensiez que le tout manque de profondeur au regard de tout ce qui a pu être codé depuis.

    Un raisonnement exact en terme de sensations et contestable sur le fond. Car si les jeux semblent épurés au possible dans leur nature, ils n’en demeurent pas moins efficaces et loin d’être éprouvés par le temps. Certes, le chamboulement n’a pas eu lieu et il est certain que l’aventurier avisé qui aurait mis la main sur les titres originaux ne se retrouvera pas dans un monde peuplé de créatures dont il ne connaît pas le nom. Encore, comme nous le disions plus haut, faut-il avoir pu tâter de ces softs dans les 90’s, difficiles d’accès sauf pour le guerrier. Oui les amis, sauf qu’ici le titre est intégralement traduit...en anglais. C’est peut-être un défaut pour certains mais il faut se remettre dans le contexte et imaginer la chance qui est nôtre de ne pas devoir se contenter du japonais qui relève pour la plupart d’entre nous du hiéroglyphe. En plus compliqué.

    Cela est d’autant plus véridique que les textes écrits sont relativement faciles d’accès et il ne sera en aucun cas requis une excellence totale pour le dialecte de Shakespeare pour profiter des subtilités des menus et même du scénario. Sachant que les doublages, en jap pour le coup, sont impeccables si vous n’êtes pas de la caste des allergiques à la typologie de l'exagération des cris et des expressions inhérents à ce langage.

    Un constat qui se dresse également pour les nouvelles illustrations de Ryo Nagi (Ar Tonelico entre autres) même si pour le coup il y aura débat que nous aurons bien du mal à clôturer. Langrisser est une espèce de médiéval fantastique avec tous les codes qui siéent bien et la nouvelle charte graphique impose des personnages très anim’, avec l’ensemble des poncifs que cela comporte, là où l’ancienne version opte pour un contraste plus nuancé, nageant entre l’Occident et l’Asie avec une intelligence concernant les teintes apportées aux protagonistes. Que vous soyez dévoué à un camp ou à un autre, l’opportunité d’avoir le choix n’en est que plus appréciable, ne serait-ce que par valeur comparative.

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    La représentation parfaite de la Direction Artistique!

    Glaive et Paix


    En revanche concernant l’OST, la donne est dilettante. Idem (Ghost, on se souviendra malgré tout de toi!), les options “rétro” et “réorchestrée” sont envisageables. A la baguette, Iwadare montre l’immensité de son talent en revisitant sa partition et à l’unanimité, le vote est sans équivoque: plus épique, la version actuelle transcende le matériau de base même si nous restons impressionnés par la qualité de ce qui fut autrefois entrepris. En outre, ce sera le nombre de pistes restreintes, notamment sur le premier, qui fera tiquer la communauté. Pour faire simple, nous aurons la désagréable impression que seules 3 ou 4 boucles sont disponibles, là où le second opte pour la diversité.

    Quid des scénarii? Pas d’évolution ou de scènes bonus: nous nous retrouvons en plein développement made in 90’s. Pas d’intro, ce sera votre première bataille qui placera le contexte entre fuite du château, présence de forces occultes et rébellion jusqu’à la reconquête, symbole de la montée en puissance du héros. Énormément d’ellipses seront à déplorer et beaucoup d'acteurs de ce belliqueux théâtre s'acoquinent avec les filous clichés et pour le moderne, la trame semblera simplifiée à l’extrême. Grave serait l’erreur de juger avec nos rétines et cervelets de 2020 car in fine, l’ensemble se tient parfaitement et tout paraît riche pour une production “de cette époque”.

    D’ailleurs certaines scènes, parfois légèrement maladroites, apparaissent au milieu de tous ces dialogues qui oublient le superflu en maximisant l’avancée de l’histoire: cela perturbe dans un premier temps mais force est de reconnaître la justesse du procédé, proche de l’intemporel, qui impose un rythme relativement soutenu et qui défie la mélasse de l’ennui.

    D’accord camarades: jamais nous ne sommes en pleine transe devant la narration qui se dresse devant nous. Toutefois à aucun moment nos mâchoires craquent en raison de bâillements prolongés et soutenus. La cohérence est de mise et aucun des 2 opus ne se perd dans un mysticisme mal calibré. Avec la petite cerise bien rouge sur l’onctueuse chantilly: divers embranchements sont disponibles, fait une nouvelle fois encore plus marqué pour la suite, selon certaines conditions remplies, ou non, sur le champ de bataille.

    Et qui dit divergence dit autre fin. Et autre fin, replay value augmentée.

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    La classe des charges!

    En glaive et contre tous


    On pinaille et on se la raconte mais au final, en quoi consiste ce remaster/remake? En une succession de batailles en vue “du dessus” où les déplacements se font de case en case et en 2D. Forcément, lesdits déplacements seront limités et cela dépendra de vos choix d’unités, mais nous y reviendrons. L’originalité du bestiau vient du fait que les troupes sont affiliées à un Commandeur qui est absolument essentiel lors du déroulement des rixes.

    Ainsi, il est possible de choisir les “pions” qui vous accompagneront sur le sentier de la guerre. Et vous aurez le choix: se déplacer ensemble ou alors confier à chaque décurie (enfin à peu près) le loisir de se détacher, histoire d’encercler l’ennemi. Cependant retenez 3 choses: d’une, des guerriers trop isolés sont les futurs clients du fossoyeur du coin. De deux, se tenir proche de son leader permet de récupérer un peu de vie entre les tours. Car oui, Le Tactical se joue au tour par tour et il n’y a aucune raison de déroger ici à la règle.

    Enfin, et c’est un point essentiel, être adjacent à son meneur permet de bénéficier des divers buffs qu’il balance et ce afin de compenser certaines faiblesses face aux belligérants d’en face. En ce sens, et le reproche est véridique, l’équilibrage entre les mercenaires est un peu biaisé. Les cohortes sont bien variées, entre chevaucheurs de dragons ou de chevaux, fantassins, mages et on en passe mais c’est la puissance d’attaque qui est réellement l’atout qui vous permet de prendre le dessus sur les nigauds qui se trouvent sur votre chemin. Car quand vous entrez en conflit avec une troupe adverse, en visionnant des charges immersives (et que nous pouvons zapper), les statistiques d’attaque et de défense prennent tout leur sens, à l’instar du nombre de soldats qui composent encore l’unité. En clair, si celle-ci est à moitié décimée, évitez de vous en prendre à l’élite qui souhaite votre défaite!

    L’avantage, ou son contraire, du terrain ne sera pas à négliger, certaines postures vous étant favorables et d’autres non, le tout matérialisé par une interface claire vous donnant des indices concernant l’obligation de se déplacer pour une autre aire de castagne, fuite vitale on ne peut plus limpide et salvatrice. Cela se compense cependant assez rapidement car la technique du surnombre se révèle nécessaire à défaut d’être totalement gratifiante.
    Et si certains combats sont longs et même trèèèèès longs, sachez que le moyen d’en finir rapidement existe et c’est cela qui fait le sel de Langrisser, tout comme son amertume.

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    La tactique passe par là!

    Le vent se glaive


    Dernière facétie d’un Commandeur: si celui-ci et sa garde rapprochée mordent la poussière, toutes les unités adjacentes disparaissent! De fait, on aura vite fait de se concentrer sur ces derniers pour les dégommer rapidement, en prenant en compte que certains ennemis apparaissent en embuscade pour tout saccager.

    Si seulement l’IA était reine...trop passive, celle-ci envoie les hérétiques s’empaler contre votre élite en oubliant de protéger leur chef. Alors oui, les détruire rapporte mais comme l’or peut se trouver au détour d’une maison de la carte, est-ce nécessaire? Pire, un mode “easy start” vous octroie des ressources exponentielles pour bien démarrer l’aventure, mais cela ressemble plus à un millionnaire qui jouerait au poker avec des cacahuètes. Alors même si cela semble amorcer une volonté d’ouverture, oubliez ce principe si vous souhaitez un minimum de challenge car il est vrai que sans moyen et en démarrant mal l’affrontement, le stress est tout autre.

    Effectivement, entre 2 massacres, vous devrez préparer vos batailles en choisissant comme nous le disions vos frères d’armes et surtout votre équipement moyennant finance. Or si vous êtes plein de caillasse, il n’y aura aucun intérêt à essayer de saisir la parcelle d’or qui se situe au-delà de la colline. D’autant plus que si vous, gamer devant l’Eternel, perdez un Commandeur sur le terrain, ce dernier ne subira pas de permadeath et vous le retrouverez, saillant, pour une autre prise de bec. Excepté…

    Excepté si celui-ci fait partie des conditions de défaite. Car oui, certaines empoignades ont des conditions de triomphe ou de loose, ce qui ne manquera pas de pimenter ce qui serait bien trop répétitif dans le cas contraire. De plus, les démontages de couennes sont de plus en plus denses sur d’immenses arènes et la dimension stratégique reste présente, notamment lorsque vous choisissez de protéger un point cardinal plus qu’un autre afin de limiter l’encerclement.

    Comme nous vous expliquions, lesdites conditions de victoire seront essentielles au sens où certains événements changeront carrément le chemin pris par l’histoire, assurant une rejouabilité maligne aux 2 productions qui oscillent entre 12 et 15 heures en ligne droite si vous ne souhaitez pas tout découvrir.

    Un bon point assurément qui n’étire pas le scénario en longueur, vous octroyant la possibilité de revenir plus tard même si le système de retour à une save est assez mal foutu.

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    Préparer les batailles...ou se soumettre.

     

    Glaive Heart (Libertééééééééééé!)


    Enfin, le level-up de votre génial général est important, et ce bien au-delà de l’équipement (quoique…) qui lui est décerné: par le biais de PC, celui-ci augmente dans sa classe, améliorant ses statistiques, son statut et de fait ses skills (offensifs ou défensifs). Simple Fighter? Vous deviendrez un Lord puis un Swordmaster et ainsi de suite. Lesdites stat ne révolutionnent pas la formule non plus mais rien à reprocher à ce niveau.

    Concernant l’ergonomie...quel effort! Les menus sont faciles à utiliser et nul besoin de temps d’adaptation. Entre l’entre-deux bagarres, le choix de bouger ou non, les attaques, ou encore l’utilisation de magie, tout est fluide et on ne peut reprocher à Langrisser un goût pour la complexité pénible voire écoeurante.

    La variété des unités, comme nous le confions, est aussi efficiente et logique: se déplacer plus loin se fera sur une monture, progresser par étape se fera avec vos fidèles jambes. L’échiquier joue donc bien son rôle et si tout paraît évident, c’est en raison d’une volonté de ne pas perdre le joueur dans les méandres de l’obscurantisme.

    Et si tantôt nous râlons un peu contre un manque d’opposition, sachez que le petit frère est plus relevé (même bien plus). Bon il sera toujours possible d’esquiver en farmant encore et encore les mêmes missions mais est-ce là l’intérêt premier?

    Prenez en compte la simplicité ambiante, mais non pas moins assez profonde, et il est clair que Langrisser vous laissera un souvenir impérissable grâce au plaisir et à la part d’Histoire du genre qu’il apporte. Préparez, personnalisez et lancez vous face au défi qui vous est présenté, certes inégal mais loin d’être déplaisant.

    En somme restez curieux. Et priez pour que la longue saga nous soit présentée un jour…

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    Du classique. Mais la réussite est à l'appui!

     

     




    Test Langrisser I & II - 10 minutes de lecture