Note du test 7.5/10En conclusion :

Nous le savons: les studios les plus modestes ne peuvent monter au carton sur chaque front. Ainsi, ils doivent se concentrer sur l’essentiel et/ou un aspect maîtrisé pour proposer des productions qui ne cherchent pas à défier les AAA sur leur terrain mais qui favorisent la diversité sans faire diversion et abstraction de la qualité. Réduit à son plus strict minimum, DeadToast peut se vanter de siéger au Haut Conclave de Devolver tant My Friend Pedro ne démérite pas. Plaisant de simplicité, le jeu n’oublie jamais que l’étonnement doit toujours être mêlé au plaisir sous peine d’être qualifié d’artifice prétentieux. Challenge accepté et relevé avec aisance sans ambage ni superflu. Si quelques tares noircissent le tableau, impossible de passer à côté du sujet si vous êtes un disciple de la secte underground. Résolument barré, My Friend Pedro n’hésite pas à se pointer au milieu de tous les cadors actuels avec un regard qui en dit long sur ses intentions. Loin d’être irrévérencieux, le titre se pare de son plus beau costume pour nous exposer sa vision du jeu vidéo, conforme à celle de son éditeur qui commence à gonfler son catalogue de perles. Tout n’est pas parfait évidemment mais on se surprend à revenir sur quelques niveaux, histoire d’effacer la note dégueulasse qui nous fait passer pour un touriste auprès de sa bande. Résolument cinématographique, le jeu est aussi agréable à regarder qu’à jouer. Comme quoi le meurtre ne renie pas l’esthétisme: le cliquetis des armes est si harmonieux...

Les plus

L’hommage au cinéma hongkongais
Le fun
Le scoring
L’ergonomie
L’OST
La Direction Artistique

Les moins

Parfois répétitif
Un milieu de jeu dans le creux de la vague
Court au premier run
Quelques idées sous exploitées

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    rédacteur
    NoBloodyKnows


  • ps4

    My Friend Pedro
    Editeur : Devolver Digital
    Genre : Action
    Etat du jeu : Jeu disponible
    Date de sortie : 02 avril 2020
    Trophées : Oui
    Support


    version éditeur

    Test My Friend Pedro

    Publié le jeudi 16 avril 2020 à 15h36 par NoBloodyKnows
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    Période étrange certes, mais cycle d’enchaînement de super-productions tout de même. Sauf qu’une partie des gamers n’en n’ont cure et il est probable que vos dévoués serviteurs du NBK leur donnent partiellement raison. Après tout, le jeu vidéo est à l’image d’une société où le grégaire est inégal et les rassemblements disparates. Cela fonctionne ainsi d’autant plus que le cas ici présent est remarquable: My Friend Pedro est l’histoire d’un seul homme. Non! Nul besoin de vous frotter les yeux camarades! Vous avez lu parfaitement et nous réitérons: My Friend Pedro est la création d’un soliste qui a endossé tous les rôles pour aboutir au résultat que nous connaissons aujourd’hui. Victor Agren, telle est son identité, a relevé un pari difficilement quantifiable qui a néanmoins le bon goût de susciter étonnement et admiration quant à la folie colossale du projet: sorti de derrière les fagots, Media Molecule ayant été son antre, le bougre édifia le premier jet de notre sujet sous la forme d’un jeu flash éponyme devenu contenu de nos PS4. Une attirance folle émerge en notre être lorsque Devolver, dans le respect le plus strict de ses us et coutumes, monte au créneau pour éditer le jeu et une chose sera désormais certaine: rejoindre cette caste donne l’assurance d’un produit différent et prompt à dynamiter l’industrie. Mother Russia Bleeds, Hotline Miami, Broforce, The Messenger... bon nombre d'odes à l’impertinence (dont on recommande chaudement l’approche) prêtes à accueillir le nouveau-né de DeadToast Entertainment. Entre meurtres et scoring, shooting et style, freestyle et flashy, à nous de prendre les armes pour tout envoyer valdinguer dans les airs au milieu d’un carnage esthétique. Et promesse PSMagienne: aucune blague pénible ne sera faite sur les bananes: les disciplines du vidéoludique méritent tellement mieux!

     

    L’ère de rien


    Equarisseur de dépouilles légèrement cradingues, My Friend Pedro se la joue sale gosse d’une clique qui fait frémir les “trop jolis” du jeu vidéo. Si nous taclons si fortement, c’est en raison des voies de la sagesse qu’empruntent parfois les grosses productions alors qu’une touche de folie permet de sublimer une oeuvre tout en maquillant habilement ses défaut. S’il ne fallait en citer qu’un, nous parlerions aisément du scénario qui tient sur un ticket de métro arraché: du début à la fin, l’histoire se veut minimaliste et ne vous transcendera à aucun moment, à l’instar de la narration qui ne s’enquiquine pas de grandes mises en scène, réservées à l’action. Cependant, n’allons pas crier sur les toits que nous nous foutons de ce qu’il se passe dans le jeu: les dialogues sont savoureux, en dépit de quelques accrocs, et nous nous demandons parfois ce qui peut se passer dans la tête d’un créateur tellement le kitsch côtoie le sublime. Puis avoir une banane comme guide avant de tout meurtrir, ce n’est pas banal. Pourtant nous acceptons cet état de fait pour mieux rentrer dans la diégèse.

    Et puis quoi encore? Le titre nie toute grosse évolution comme nous avons l’habitude de le voir dans n’importe quel genre qui se pare dorénavant, comme une norme, de composantes RPG. Ici que dalle. Pas de statistiques, pas d’équipement hormis les pétoires que vous trouverez au fur et à mesure et dont l’utilité selon la situation n’est pas à prendre à la légère: un pompe n’est pas un duo de mitraillettes; en outre, vous serez heureux de posséder des cartouches en réserve tant chaque arme s’adapte à des situations précises. Et seuls les flingues ont des munitions illimitées.

    Car oui tuer c’est quelque chose. Avec style en est une autre! Vous serez face à un véritable hommage aux chorégraphies made in Hong Kong où la qualité des animations tranche avec la rigidité globale. Saltos, sauts, rebonds...tout cela ne serait rien sans les 2 atouts majeurs: d’une, vous aurez la possibilité de locker un ennemi et de tirer dans une autre direction. En gros, à l’instar d’un Devil May Cry 3, vous pouvez shooter dans 2 sens et croyez-nous: cela demande d’être maîtrisé rapidement pour faire front à la multitude d’opposants, dont le nombre cache un peu une IA pas folichonne et peu stratège.
     

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    Et vous allez le réaliser souvent ce geste!

    Une véritable banane de santé (oui on a finalement osé!)


    De deux, l’autre marque de fabrique est le bullet-time: oui, vous pouvez ralentir le temps tel un Max Payne et cela fonctionne plutôt bien si nous mettons de côté une certaine lenteur du procédé et une jauge qui se remplit un poil trop vite, naturellement ou à chaque assassinat. Oui vos ennemis seront vos victimes et c’est l’essence même du jeu: on ne vous demande pas de parvenir à la fin du stage; on vous ordonne de le faire avec style en multipliant combos, figures et éliminations tout en échouant le moins possible et au plus vite.

    En cela, chacun sera sanctionné d’une note de fin de niveau (où vous verrez votre plus bel exploit) avec un commentaire rigolo: C pour “carrément moyen” ou B pour “bananesque” sont des exemples criants et atteindre le rang S vous demandera du sang-froid. L’intérêt se trouve dans le scoring, où vous pouvez retrouver des nombres de fous furieux et il ne tient qu’à vous d’essayer d’améliorer votre épopée d’une quarantaine de missions.

    Et cela fait du bien à la durée de vie de 4H30, sans trop se presser non plus, du jeu qui se révèle aussi bien rythmé que court. En ce sens, lors du choix de difficulté, point d’infamie: fuyez le mode normal qui ne vous résistera pas, ou si peu: votre vie remonte facilement et les mobs sont peu réactifs et précis. Non, la quintessence n’existe que dans les 2 autres modes qui pimentent les conditions sans vergogne. Et là vous aurez plus de mal à en voir le bout, même si My Friend Pedro a le bel instinct, à l’image de Hotline Miami, de proposer un respawn rapide, d’autant plus que la mort n’est que peu punitive, excepté pour l’accumulation de points.

    Et pour un Run & Gun en 2D, l’ergonomie se doit d'être totalement efficiente et sans fausse note. Rien à dire, ça le fait! Les contrôles sont bien situés et répondent parfaitement pour assurer la fluidité des fights malgré quelques chutes de framerate, rares et sans gravité toutefois. Idem pour les raccourcis et le tableau de bord visuel indiquant votre vie et votre lot de bastos. Fun tout de suite, My Friend Pedro est facile d’accès, ses mécanismes étant rapidement intégrés.

    Et heureusement car cela n’évolue pas beaucoup tout au long de l’aventure.

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    Tout est bon pour dégommer le badaud...

    Salace de fruit


    Tirer, se déplacer, esquiver avec classe et aisance, ralentir le temps, sauter, faire des bonds sur les murs et...c’est tout. Le gameplay est relativement simple et si la profondeur en prend un coup dans les naseaux, tout s’imbrique très bien pour un plaisir immédiat. Sauf durant ce creux au milieu de votre run où vous aurez la sensation de toujours faire la même chose. Répétitif? Oui assurément. Mais aussi addictif.

    Le plaisir de dégommer à tout-va est réel et, heureusement, quelques séquences viennent bouleverser la règle, comme cette inoubliable phase en moto ou encore la chute vertigineuse d’un immeuble. Une véritable bouffée d’oxygène pour le joueur qui en aurait assez d'enchaîner les kills en évitant les quelques pièges de l’aventure qui deviennent de plus en plus consistants vers la fin, accentuant ce côté plateforme loin d’être désagréable une fois que l’inertie est bien intégrée. Oui, les derniers levels brisent la monotonie en se révélant plus fourbes et plus osés, rendant le tirage de levier moins pénible que dans d’autres productions.

    On regrette amèrement cependant que certaines possibilités soient sous-exploitées, comme cette action de balancer un coup de pied dans un objet pour mettre le vilain au tas, tout comme un càc bien trop puissant en comparaison des balles. Tout ceci est contrebalancé par un système de ricochets bienvenu et efficace, à l’image de quelques effets issus de la gestion environnementale à votre avantage. Sans parler du rendu des armes qui est très crédible et plaisant.

    Et si la visée se fait avec le stick droit, aucun problème n’est à signaler car tout est instinctif et parfois un peu assisté, sachant que la hitbox est assez permissive pour éviter de se prendre la tête au pixel près. Chaque tableau se traverse aussi de manière verticale avec un rendu qui, dans un tout autre genre, nous rappelle les bons souvenirs de This War of Mine. User d’abris temporaires sera aussi de mise, histoire de ne pas servir de chair à canon trop rapidement. Puis hop! Une petite roulade vous permettra d’atteindre d’autres endroits tandis que l’esquive, que nous évoquions plus tôt, vous donne le laps de temps nécessaire pour ne pas vider votre barre de PV tout en réorientant la direction des tirs.

    Un côté dansant efficace à l’image d’un film d’action certes too-much mais qui en fout plein les mirettes!

     

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    Oui, oui c'est bien le même jeu!

    Pedro l’âme


    Quelques secrets seront aussi à découvrir et quelques features sont présentes pour personnaliser votre expérience de jeu, ce qui est plutôt bien vu sans être indispensable. Un petit cadeau pour nuancer et varier l’expérience! Cela ne vous empêchera pas de vouloir goûter au challenge, bien aidé par une Direction Artistique à toute épreuve.

    L’OST est tout bonnement incroyable et à moins de trouver l’électro un peu lourd infect, impossible de ne pas rentrer dans ce trip qui, une fois de plus, nous fait penser à Hotline Miami (du même éditeur d’ailleurs). En décalage parfois ou au contraire bien ancrée dans le thème, la partition se fond naturellement pour vous offrir un délice auditif capable de se renouveler. Ainsi, entre la piste Requiem for Rose et Welcome Home, il y a un pas de géant et pourtant le mariage est une réussite.

    Et cet aspect visuel...que c’est beau quand tout est peaufiné! Pas besoin de millions de pixels pour flatter la rétine et cela, My Friend Pedro nous le prouve à chaque instant en se montrant tantôt “réaliste et déjanté”, parfois bigrement à la hauteur du coup dans le caisson d’un Katamari (oui, nous sommes particulièrement friands de références aujourd’hui!). Il suffit de voir le stage consécutif à une chute: plus cinglé tu meurs! Un peu comme si vous évoluez dans le décor de One Million Lovers des Growlers, prêt à défourailler sur de la musique douce. Aussi extraordinaire que perturbant!

    Racée et psychédélique, la représentation permet au gameplay de s’affirmer en fusionnant d’une telle manière que l’ennui est évité 90% du temps. Le sound design joue aussi bien son rôle et les quelques bulles de textes, notamment pour la provocation des ennemis, sont toujours justes. Et les boss dans tout cela? Le bilan est un peu plus mitigé au sens où la moitié d’entre eux ont un affrontement réussi avec quelques aspects de puzzle là où l’autre face est moins inspirée...or ce sont les derniers gardiens qui montrent le plus de signes de faiblesse dans leur conception, à l’instar du dernier qui a un charisme visuel pour un affrontement banal.
    Ce n’est pas forcément mauvais mais le début laissait espérer bien plus.

    Cela n’empêche pas de saluer une nouvelle fois la prouesse tout en jugeant de manière impartiale et si nous pourrions craindre le “vite joué, vite oublié”, l’essence cintrée nous rappelle à l’ordre pour nous laisser un souvenir enivrant.

    Un clan dont tout le monde ne peut affirmer son appartenance.

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    Tuerie plein de style. Wouah!

     

     

     




    Test My Friend Pedro - 8 minutes de lecture